Comme le veut la tradition
La fin de l’été 2007 a été marquée
par plusieurs évènements culturels
propres à la région du Dahra et que des
hommes continuent de perpétuer à travers
les âges. Ainsi, et comme de coutume,
les Mostaganémois ont célébré le
traditionnel rendez-vous du Rakb de Sidi
Lakhdar Benkhlouf au village (ex-
Lapasset) ainsi qu’au sein du mausolée.
Aussi, tient-on ici à perpétuer le souvenir
d’un voyage impérissable effectué
alors à partir de la cité de Sidi Saïd et
ce, jusqu’à l’imposante goubba de Sidi
Lakhdar en passant inévitablement par
la contrée des Chorfa, descendants de
la tariqa (rite) el hachimya, l’ex-
Cassaigne, aujourd’hui Sidi-Ali.
Et c’est là que la tradition veut que
l’on s’attarde un peu à la faveur d’une
escale au mausolée de Sidi Affif. Il est
fort probable que cette halte soit liée au
fait que les deux grands hommes en
question, Sidi Lakhdar et Sidi Affif, entretenaient
des relations d’amitié mais
aussi d’alliance familiale.
Guenou, la fille de Sidi Affif, était
l’épouse de Sidi Lakhdar. Ceci dit, une
ambiance indescriptible aura marqué la
journée avec, à la clé, folklore et salves
de baroud. Le soir, après la prière d’el
icha, c’est au tour de la musique chaâbi
de faire sensation.
Toute la nuit, Kamel Bourbib tout
comme Houari Bouferma, ou encore
Ahmed Zeguiche, puiseront avec ferveur
dans le riche répertoire de Lakhdar
Benkhlouf et ce, jusqu’au petit matin.
Natif du Dahra, ce dernier a vécu plus de
125 ans. En plus de sa stature de grand
poète soufi, il se distinguera par ses vertus
de farouche guerrier contre notamment
l’occupant espagnol. C’est
d’ailleurs en 1558, en plein été, qu’il
prendra part à la célèbre bataille de
Mazagran, à 4 km de Mostaganem. 11
000 soldats ennemis périront lors d’intenses
accrochages, dont le comte
d’Alcandete. Le barde du Dahra y fait
référence dans une de ses oeuvres où il
évoque les péripéties de cette sanglante
bataille de laquelle l’armée arabe est
sortie victorieuse.
Des dizaines d’années durant, il
s’adonnera ainsi à la poésie dite populaire
dans un contexte purement soufi. Il
se consacrera durant une grande partie
de son existence à tout ce qui est censé
le rapprocher du Tout-Puissant. Connu
en tant que meddah arsoul Sidna
Mohamed (QSSSL), Lakhdar Benkhlouf
se vouera corps et âme aux plus belles
louanges à notre Prophète.
Il avait en outre le don de “voir” et ce,
à la faveur de prédictions contenues
dans des vers savamment tissés à travers
bon nombre de ses qacidate.
Considéré comme le chantre de la
poésie populaire à travers le Maghreb,
Sidi Lakhdar Benkhlouf quittera ce bas
monde au début du Xe siècle de l’Hégire
en nous léguant un fort précieux héritage
culturel.
Cependant, l’on n’a pas su préserver
cet immense répertoire et l’on n’a pu
sauver que quelques centaines de ses
qacidate. Sidi Lakhdar avait beaucoup
d’affection pour ses enfants, particulièrement
sa fille Hafsa, ses fils Ahmed,
Mohamed, Habib et Belkacem, mais
aussi et surtout sa mère Kella et son
épouse Guenou, souvent citées dans
ses oeuvres.
Cela dit, il est temps de songer dès
lors à institutionnaliser le célèbre festival
Lakhdar-Benkhlouf qui en est à sa 24e
édition et qui, d’année en année, gagne
en popularité.
S. A. H.