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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 21:12

FILM DOCUMENTAIRE CIEL-SOLEIL-TORTIONNAIRES
Un témoignage émouvant

Après un bref séjour à Aïn-Sefra, pour la finition de son film documentaire Ciel-Soleil-Tortionnaires, Abderrahmane Mostefa,cinéaste, qui a achevé d’enregistrer tous les témoignages des torturés de la Dzira, revient sur la production de son nouveau film documentaire sur Cassaigne, le camp de la mort.

 

Comment évoquer le camp de la mort des «Carrières» de Cassaigne aujourd’hui Sidi Ali ?

C’est à l’issue de l’héroïque bataille sous le commandement de Si Mohamed Djebli en septembre 1956 à Sidi Zegaï (douar Kchakcha), à 5 km à l’est de Sidi Ali, et au cours de laquelle les moudjahidine ont infligé pendant 3 jours de combats féroces de lourdes pertes en hommes et en matériel dont un hélicoptère à l’armée française, l’administration coloniale a édifié à Cassaigne un camp de concentration, le deuxième de son genre à cette époque-là après celui de Ouagadougou au Burkina Faso, dans le but de terroriser les populations et donc d’isoler les combattants de l’ALN. Le choix du site n’a pas été fortuit puisque ce camp de la mort unique en son genre à l’ouest du pays en ce début de la Révolution a été édifié sur les hauteurs sud-est de la ville, sur les vestiges d’une carrière désaffectée. Cette position idéalement choisie permettait de surplomber et donc de surveiller toute l’agglomération et sa périphérie, et les grottes en contrebas rendaient pratiquement impossible toute tentative d’évasion. En sus du quartier des hommes (plus de 9 cellules individuelles) où étaient pratiqués entre autres le passage à tabac, la gégène, la bassine de nuit, l’eau savonneuse, l’arrachage à vif des ongles et de la dentition, la brûlure au fer à repasser, la crucification, une aile était réservée aux femmes qui subissaient toutes sortes d’humiliations, sévices corporels, tortures et viols. Ne portait-on pas à l’époque à Mostaganem le deuil des déportés du camp des «Carrières » à juste titre d’ailleurs surnommé «Cayenne», allusion faite au sinistre bagne français de la Guyane. La liste des martyrs de la Révolution est évidemment non exhaustive, ces héros n’ont été cités qu’à titre d’exemple, puisque à lui seul ce camp enregistre 3 300 martyrs dont 600 ont été jetés, parfois même vivants, épuisés par les tortures et agonisants, dans un puits limitrophe et sur lequel a été édifié une stèle en 1984 à la mémoire des disparus. Les Salines, Beni-Messous, Bouira, Sour-El-Ghozlane, Ben- Aknoun, la ferme Perrin, Tigzirt, Bessombourg, Dzira…», fin de citation. Rappelons enfin que l’auteur a déjà à son actif plusieurs films et documentaires, notamment les Enfumades, les Cuves de la mort…



 


Nous l'avons rencontré à l'ancien camp de torture de la Dzira à Aïn-Sefra. Suivons- le à travers les quatre coins de l'Algérie où les génocides ont été perpétrés : M'chounèche, Berrouaghia, Boghar, Les Cinq Palmiers, Paul Cazelles, Point Zéro, Djeniène Bourezg, Bossuet... Des noms de lieux chargés de drames et aujourd'hui oubliés de tous. Massacres, extermination massive de tribus, déportations, rapts de femmes et d'enfants utilisés comme otages, vols des récoltes et du bétail, incendies, destructions des vergers. Le calvaire de l'Algérie colonisée ne peut être pensé que sur le mode du génocide et de l'ethnocide ; près de 10 millions d'Algériens tués en 132 ans... de civilisation coloniale, selon Mostefa Lacheraf. Et on parle aujourd'hui du rôle positif de la colonisation ! La guerre d'Algérie a fait déplacer environ trois millions de personnes en les regroupant dans des camps de concentration. Que dire des affres de ces camps de concentration et d'autres pratiques génocidaires ? L'amnésie a été longue. Les souvenirs sont restés enfouis dans les mémoires de ceux qui ont vécu les atrocités des bourreaux. Les Algériens résistaient à la peur, à la haine et la répression aveugle d'une machine de guerre redoutable. Les populations rurales étaient soumises au feu et au fer de l'infanterie, du napalm et de l'aviation. Des colonnes de fumée des mechtas incendiées entre 1955 et 1957, les Zones interdites vont s'étendre à toute l'Algérie ; après les Aurès, elles gagneront le nord constantinois, l'Edough, la Grande et la Petite Kabylie, le Dahra, l'Atlas saharien. Ighzer Amokrane, El- Bayadh, Aïn-Sefra, Tamellahet, Ténès, Molière. Cinquante années après l'indépendance de l'Algérie, que reste-t-il des camps de concentration implantés un peu partout dans le pays durant la guerre de Libération nationale qui a fait un million et demi de martyrs et déplacé des millions de personnes. L'Algérie était un immense camp de concentration à ciel ouvert, encerclée à l'est et à l'ouest par les lignes Challe et Morice, électrifiées et minées. Port Gueydon, la ferme Ameziane, la ferme de De Jeanson, Ouled Attalah, Saint-Leu, Aïn-El- Amara, Guelt-Es-Stel, M'sila, Aflou, Aïn-Sfa, la paysannerie algérienne des zones montagneuses du pays a payé un prix exorbitant pour l'indépendance de l'Algérie. La moitié des ruraux concentrés dans 2 392 camps de concentration, soit 2 300 000 paysans (sur 8 500 000 d'habitants en 1954) qui furent brutalement recasés dans ces camps durant la guerre de Libération nationale. Plusieurs de ces camps — dont certains ont été des camps de bagnards — sont infestés de scorpions, de vipères et autres reptiles. Le jour, il y règne une chaleur torride et une poussière abondante. La nuit un froid intense. La nourriture y est mauvaise et insuffisante, un peu de café, de sucre, 100 g de pain et 18 dattes. En plus des camps officiels comme ceux de Djorf, Aflou, Bossuet et Saint-Leu, les camps noirs comme Cassaigne n'avaient aucune existence officielle. Des camps ont été également créés de type Palestro et Maâtkas où des crimes horribles ont été commis par des officiers de l'armée française sur plus d'une centaine d'internés, abattus à l'extérieur et leurs cadavres abandonnés pendant plusieurs jours. Douéra, Bousmaïl, Ksar El-Abtal, Cap d'Aokas, El-Ma Labiod, Zerdassa, Bordj Menaïel, Hassi-Mamèche, Blad Touahria, Bouzaréah... Ils souffrent en silence... Ils étaient 700 internés dans le camp de Djorf, à 50 km de Bou-Saâda. Il y avait des citadins et des montagnards, des vieux et des très jeunes, des aveugles et des paralytiques, et même des fous. Ksar El-Bokhari, Chaâbet El-Ham, Haouch El- Klab, Sidi Chahmi, T'kout, Bouhamama.
 B. Henine

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Published by sidi-ali - dans sidi-ali
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