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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 11:47
La France n’en a pas fini avec son passé colonial, y compris lorsqu’il s’agit de fiction cinématographique. Il est significatif qu’un film, avant qu’il ne soit achevé et diffusé, puisse cristalliser une polémique et un tollé de l’ampleur de ceux qui entourent le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi qui représentera l’Algérie au Festival de Cannes. Le procès d’intention déclenché par un député qui n’a même pas vu le film montre combien la relation de ce passé reste taboue. La seule évocation des violences et exactions de la puissance coloniale par une création artistique devient une affaire politique, franchissant le seuil de l’Assemblée nationale et jusqu’à l’Elysée. En effet, la présidence de la République a demandé à ce que le film lui soit visionné avant sa présentation officielle aux jurés et au public du Festival de Cannes. Est-ce là une démarche courante quand il s’agit d’un film s’inspirant de l’histoire ? Des pressions ont été exercées sur les chaînes de télévision publique, sur les responsables de la sélection officielle du Festival de Cannes pour bloquer le film. Les nostalgiques de « l’Algérie française » ont de beaux jours devant eux. Quarante-cinq ans après l’interdiction de La Bataille d’Alger ou le Petit soldat, l’esprit revanchard, alimentant la « guerre mémorielle », est toujours vivace.


Qu’une partie de la société française soit accrochée à la défense d’une colonisation « positive », c’est une réalité connue. Ce qui est plus inquiétant et problématique, c’est lorsque des responsables politiques de la majorité actuellement au pouvoir s’en réclament et relaient la campagne contre un film. C’est le cas du secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, Hubert Falco, qui, se départissant de la réserve découlant de sa fonction, affiche publiquement son parti pris. Ce que nous, Algériens, devrions retenir c’est que si les dénégationnistes et occultistes de l’histoire coloniale sont à l’affût de tout ce qui peut aller à l’encontre de leur « vérité », d’autres Français, défenseurs d’une histoire sans tabou ni travestissement d’aucune sorte, d’une reconnaissance sereine par l’Etat français de son histoire, sont tout aussi prompts à réagir. Ainsi que l’ont montré les signataires du texte – parmi lesquels des historiens spécialistes de l’histoire coloniale de renom – publié par le Monde dans son édition datée du vendredi 7 mai, qui considèrent que « le travail d’un réalisateur (…) n’a pas à être jugé par l’Etat » et que « l’évocation d’une page d’histoire tragique peut aussi bien passer par la fiction, avec ses inévitables raccourcis, que par les indispensables travaux des historiens ». Autrement dit, la création, sous quelque forme qu’elle se présente, est libre et ne saurait être assujettie à un visa de l’Etat ou d’un groupe politique ou de pensée. De quoi nous faire réfléchir nous-mêmes sur l’écriture de notre part d’histoire et de création d’inspiration historique.



Par Nadjia Bouzeghrane

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Published by sidi-ali - dans sidi-ali
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commentaires

Affif 23/05/2010 12:56


Cher Fatima,
Dire qu'il n'y a pas censure, je suis d'accord. Cependant la façon que certains veulent nous faire écrire l'histoire est très grave. Nous avons vu tous le film western avec le méchant Indien, la
propagande du communisme. Les documentaires et la présentation des colonies lors de l'exposition universelle.
Maintenant qu'un député de la république des Alpes maritime, veux voir la main mise des Anglais et des Américains qui ont libéré la France dans le triste crime contre l'humanité du 08Mai1945.
Il a fallu 50 ans pour reconnaitre la guerre d'Algérie dans les manuels scolaires en France, Monsieur le Député des alpes maritimes ce n'est pas une insurrection.
une pensée pour tous les morts français d'assimilation(italiens,alsaciens,maltais,juifs d'Algérie et d'Espagne, français de métropole) et algériens de souche. Je ne fais aucune différence dans la
mort d'un innocent.


Fatima 17/05/2010 20:30


Je ne vois pas de censure, la France ne voulait pas prendre la présentation du film. L'Algérie a accepté.
C'est la fin de la polémique.
Pour l'histoire, il faut la laisser au historien. Je vois actuellement ce qui se passe sur le décés des Chahids Colonel Amirouche et le Colonel Si El Houas. Heureux les martyres qui n'ont rien vu.


ali 14/05/2010 19:42


Cher Monsieur Swietek et dire que cela fait une demie heure je oensais à vous en disant cela fait un bail qu'il ne s'est manifesté dans notre bloc.bien le bonjour à vous et Dieu vous prete longue
comme on dit chez nous "oumrouk twila".eb fait je medisais j'aimerais bien voir en photo notre Directeur à la barbe "castrienne" si je puis m'exprimer ainsi.Je vous remercie pour tout ce que vous
nous avez apporté et d'etre ainsi fidèle à vos principes de 20 ans.On aimerait bien de vos nouvelles , de votre famille , votre situation actuelle.
au revoir Monsieur


Swietek Stan 13/05/2010 15:57


Ces nostalgiques d'époques révolues, ces colporteurs d'idées d'extême droite,nombreux, il est vrai, même dans les appareils de l'Etat français,n'arrivent pas à digérer l'Histoire, notre Histoire
commune...la vérité leur fait peur ! Je pense que le jury du Festival de Cannes n'est pas sous influence et notre ami Bouchareb a déjà montré ses talents de réalisateur dans son film précédent
"Indigènes" récompensé en son temps par le Festival malgré les critiques, à l'époque, des mêmes extrémistes...D'après ce qui s'écrit dans certains journaux, "Hors la loi" aurait de sérieuses
chances d'être recompensé... Ce serait une autre et belle occasion de mettre ces catégories d'individus, encore une fois, sur la touche.Ils restent cependant nocifs, sinon dangereux, dans le
contexte actuel de politique intérieure française...
Le film de Bouchareb est projeté à Cannes, demain, vendredi 21 mai. Il sera, je pense, bien reçu. Jr fais confiance au Jury.
En attendant, je salue, amicalement et fraternellement, les habitants de Sidi Ali, de Mazouna, du Dahra...
Stan Swietek, un ancien directeur du collège Belarbi...