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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 00:04

A bêtise humaine corrompt la mer
Le prix de la sardine reste toujours inabordable
Il n’y a pas si longtemps, se faire une bonne grillade de sardines fraîches proposées sur les étals du tout l'ouest ne coûtait presque rien aux milliers de foyers Algériens, friands de poisson de bonne qualité et moins cher. Quand arrivait le moment de la pleine saison, du début du mois de mai à fin septembre, les poissons bleus, en particulier la sardine, étaient littéralement bradés à des prix symboliques en raison d’une abondance ne pouvant que faire le bonheur des papilles gustatives d’une population oranaise qui n’en demandait pas tant. A la faveur d’une mer Méditerranée fertile, à chaque aurore, le port d’Oran accueillait à bras ouverts des dizaines de sardiniers de retour, pleins à craquer d’une multitude de caisses en bois (garbillo) chargées de sardines, de saurels et de bogues. Un va-et-vient incessant
d’embarcations qui, tou
jours, en ramenaient encore plus, satisfaisant à la fois les besoins d’une population locale, ceux de toute une région et même d’une grande partie du pays. Un âge d’or révolu et en plein déclin qui suscite l’inquiétude, à la fois des professionnels de la mer et celle des consommateurs pris de court, d’un côté par la soudaine rareté de la sardine et de l’autre par une flambée des prix qui dépasse tout entendement.
En effet, depuis plus d’une année jusqu’à présent, le prix de la sardine ne fait que grimper, au grand dam d’un consommateur oranais devant mettre le paquet pour goûter à la sardine.
Au tout début, le prix imposé était de 150 dinars le kilo. Puis, au fil des mois, la mercuriale s’est affolée, répondant probablement aux normes de l’offre et la demande. Au jour d’aujourd’hui, les poissonniers proposent la sardine à 350 dinars le kilo.
Un prix exorbitant qui propulse la sardine au rang de denrée alimentaire de « luxe ». En quelques mois seulement, la sardine est passée du statut de poisson du « pauvre » à celui de « super star », uniquement à la portée des nantis. « Depuis des années, ce qui nous faisait un peu sortir de l’engrenage de la nourriture surgelée, c’était la sardine.
De temps en temps, entre une cuisse de poulet et quelques boulettes de viande hachée surgelée, le pauvre pouvait se permettre de mettre un peu de gaieté dans son menu quotidien, et ce, en mangeant de la sardine.
Au prix actuel, 350 dinars le kilo, qui pourra se le permettre dorénavant ? », s’interroge Houari, totalement abattu. Une question lancinante qui revient, telle une tête de bélier, taraudant l’esprit de l’Oranais au revenu moyen, brutalement privé d’un aliment qui a toujours fait partie de ses plats préférés.
Et pourtant, les réponses à la rareté et au prix excessif de la sardine sont bien connues. Nous sommes, en fait, victimes à présent d’un effet « boomerang » qui n’en est qu’à ses débuts. Les responsabilités sont multiples et convergent, toutes, vers une surexploitation et une dégradation criminelles des fonds marins qui, à la longue, ont fini par créer un énorme déséquilibre tant pour la faune que pour la flore sous-marine.
Des désastres, dont seule la main de l’homme en est responsable, que seul le temps, beaucoup de temps, pourrait en atténuer les conséquences meurtrières. Pour n’en citer que les plus importants, en premier lieu, il y a à signaler l’aspect écologique, totalement bafoué et négligé. En l’espace de seulement quelques décennies, la pollution marine a gagné du terrain.
Jusqu’à plusieurs miles nautiques au large, des milliers de sachets en plastique « naviguent » au gré des courants marins. Au moindre rugissement de la mer, ce sont des tonnes de bouteilles en plastique qui sont vomies par les vagues et rejetées sur le rivage, sans pour autant que cela inquiète.
Un indice non négligeable sur l’état des fonds marins qui, certainement, regorgent d’immondices en tout genre. En l’espace de quelques années seulement, le non-respect, affiché aussi bien par les plaisanciers que par les gens de la mer, en direction du milieu environnemental marin a transformé le littoral oranais en une grande poubelle infecte où la vie marine a du mal à se développer. Dans cet article, nous évoquerons la situation actuelle et alarmante de la sardine, mais il y va également du devenir d’une infinité d’autres espèces de poissons tout autant menacées et en voie de disparition, partielle ou totale, des côtes oranaises. L’autre problème en relation directe avec la rareté de la sardine sur les marchés oranais concerne l’inconscience assassine et l’implacable avidité de certains professionnels de la mer, qui ne reculent devant rien pour lui arracher plus qu’elle ne peut en donner.
En effet, il se trouve quelques commandants de chalutiers qui ne respectent aucune loi, courant derrière le gain facile et à moindre frais. Bien que spécialistes en poissons blancs, leurs actes inconsidérés se répercutent également sur le comportement de la sardine, sur sa présence ou non, dans les eaux du littoral oranais. Raclant leurs filets de pêche à quelques centaines de mètres du rivage, les chalutiers dégradent inexorablement les fonds marins, détruisant à chaque passage de leurs engins de la mort toute forme de vie. « En plongeant à quelques dizaines de mètres de profondeur, le spectacle est désolant. Le fond de la mer s’est transformé en champ de betteraves. Sur des kilomètres, d’immenses sillons sont visibles ! », nous dira Amine, un plongeur qui, depuis un bail, ne reconnaît plus les endroits où il avait l’habitude d’aller taquiner le mérou et autre badèche. « Je suis sidéré, mes endroits habituels sont devenus de vrais déserts où aucune trace de vie n’est décelable. Même la végétation a disparu », ajoutera-t-il, le regard sombre.
Un état de fait, donc, sur le comportement de la sardine qui a tendance à bouder les eaux oranaises. Ne trouvant plus son alimentation naturelle qui consiste en du poisson fourrage, la sardine préfère chercher son bonheur ailleurs. Mais, les plus grands fautifs, pour qui la plus grande part de responsabilité de ce massacre revient, ne sont autres que les spécialistes de cette pêche, les sardiniers et les spéculateurs.
Dans des actes de folie meurtrière, la majorité des sardiniers utilisent de la dynamite pour pêcher. « Personne ne respecte les règles du jeu et, en pleine mer, la nuit, nous entendons les incessantes déflagrations de la dynamite tout autour de nous. Nous-mêmes, nous en utilisons pour éviter de rentrer bredouilles », avouera Karim. La pêche à la dynamite est interdite, passible de fortes amendes et même de peines de prison. Malgré cela, les pêcheurs à la dynamite ne reculent devant rien et l’utilisent régulièrement lors de leurs sorties en mer, n’évaluant guère l’étendue des dégâts qu’ils causent à la faune et la flore sous-marines.
C’est simple, là où la déflagration retentit, pendant plus d’une décennie, aucune vie ne réapparaît et ce, sans parler des pertes en poissons. Lors d’une pêche à la dynamite, les prises ne sont que de l’ordre de 10%. Le reste du poisson « tué » s’amoncellera dans les fonds marins, formant une « purée » impropre à la consommation. Une pêche abusive qui décime des bancs entiers de sardines et, par conséquent, se répercute négativement sur le renouvellement de l’espèce.
Enfin, pour terminer nous devons également parler du rôle des spéculateurs qui ne sont pas en reste dans la flambée du prix de la sardine. Les ventes à la criée ne sont plus que virtuelles. Avant même de débarquer la marchandise sur les ports, celle-ci a déjà un propriétaire. En vrais pontes de la sardine, quelques mandataires font main basse sur la production de toute une flottille de sardiniers. Evitant toute concurrence, ils fixent les prix selon leur volonté et en toute quiétude.
Distribuant leur précieuse marchandise sur plusieurs wilayas et faisant jouer à leur avantage le système de l’offre et de la demande, ces nouveaux « Delmonte » de la mer régulent le marché de la sardine à leur guise. A titre d’exemple, la semaine dernière, la sardine était cédée au port de Béni Saf à 100 dinars le kilo tandis qu’à Oran, elle atteignait les 350 dinars sur les étals des marchés. Un écart de prix considérable qui ferait penser à un étranger qu’Oran se situe près d’Adrar. A Oran, mardi passé, la sardine coûtait 350 dinars le kilo. A Alger, elle a franchi les 400 dinars le kilo. Des prix tout simplement hallucinants qui, un jour ou l’autre, pousseront le consommateur à boycotter l’ultime produit de la mer qui, encore, était à sa portée de bourse. Et ce jour, tout le monde sortira perdant… sauf peut-être la sardine.
par Djamel Bilekdar

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Published by omar - dans sidi-ali
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